Affaire Roussillon, propriétaire de la Forge
Le 21 juillet 1796
A comparu le citoyen Jacques Frérot, de Limoux, et a demandé à transcrire dans nos registres la procuration que le citoyen Roussillon, propriétaire de la forge de Corsavy, lui a faite.
En conséquence, et pour defferer son invitation, nous la transcrivons :
« Par devant nous, les notaires, publié au département de la Seine, et à la résidence de Paris, soussigné :
fut présent le citoyen Antoine Roussillon, médecin en chef de l’armée des Pyrénées-Orientales, présent à Paris, logé rue des Francs-Bourgeois, n° 136, section du Théâtre Français, lequel en révoquent par les présents, les pouvoirs qu’il a donné sus signature privée, au citoyen Gursa, agent national de la commune de Corsavy, des Pyrénées-Orientales.
Ce fait est constitué à son procureur général et spécial Jacques Frérot, cultivateur à Limoux, département de l’Aude, auquel donne pouvoir de pour lui et en son nom, faire rendre compte par toute voie de conciliation et de droit au dit citoyen Gursa, de la gestion et administration qu’il a des biens du dit constituant, sis à Corsavy, consistant en une forge à fer et autre en capitaux »
le 2 nivôse An 10 de la République (décembre 1801)
Paris,
Roussillon, médecin des armées, au citoyen Martin, préfet
du département des Pyrénées Orientales à Perpignan,
Vous vous rappelez sans doute de moi, j’étais médecin en chef de l’armée des Pyrénées, l’armée de l’infortuné Soubrany, du brave Dugommier et d’Augereau. Sous ces rapports j’ai cru pouvoir m’adresser à vous ( et vos amis m’ont dit que je pouvais le faire) pour vous prier décrire un mot au citoyen Giralt, officier de santé à Corsavy, puis à Arles, pour l’inviter à venir vous parler, afin de se concerter avec vous, pour me faire vendre à l’amiable ou par enchère, une petite forge à feu que j’ai acquise dans la commune de Corsavy, et dont le même Giralt est chargé par moi de la gestion. Giralt est le meilleur homme du monde; il est républicain, il est mon ami, mais j’ai beau lui écrire que je suis à Paris, avec beaucoup d’autres au milieu, entouré de gens enrichis, qui nous éclaboussent de leurs superbes voitures, leurs putains et leurs valets insolents1 jamais ce pauvre Giralt ne m’envoie d’argent qu’en offres et promesses, après lesquelles il est des six mois sans m’écrire. Tâchez donc, mon général, d’inviter mon ami Giralt a m’envoyer au moins de quoi faire le voyage de Perpignan pour habiter ma propriété, si je ne puis la vendre à un prix raisonnable, car il ne fait pas bon vivre à Paris où je suis réformé avec très peu de chose, en attendant un emploi sur lequel je compte peu, malgré 22 ans de services rendus à l’humanité, et je ne parle pas de ceux rendus à la liberté. Cela ne compte pas, et déplairait à bien du monde, ce qui m’est bien égal.
Coutès, beau-frère d’Augereau, craint que j’aille dans les Pyrénées, il ne me conseille pas; je n’ai pas peur, jamais les amis des rois, les méchants, ne m’ont fait reculer et je suis prêt à les braver, et puis, il y a encore des patriotes aux Pyrénées; j’y trouverai des amis, j’en suis sûr.
Faites-moi donc le plaisir, général, de faire écrire à Giralt à Corsavy. Il m’a proposé de me faire vendre ma forge. S’il ne le peut, faites-moi le plaisir d’inviter le citoyen Guitet, notaire à Perpignan de la faire mettre en vente et de la faire publier. J’en veux 20 mille francs, tournois et comptant. Gérée par le propriétaire, elle rapportera par an 1800 francs. Elle vient d’être réparée à neuf, elle est l’abri de tout appel et défaut, puisque j’ai payé, il y a 3 ans, 7500 francs argent. Je donnerai, en outre, par la voie de Giralt les titres nécessaires à l’acquéreur pour faire regorger 3 à 4 mille francs à deux fripons, mes anciens agents, dont l’un est à Arles et l’autre à Limoux. Alors l’acquéreur fera un bon marché.
Pardon, citoyen de la liberté que je prends; un républicain ne peut que s’adresser à un autre. Giralt payera les frais si la vente ne réussissait pas et j ‘enverrai procuration au citoyen Guitet dès que j’aurai trouvé cy son frère.
Salut fraternel
Roussillon
rue du faubourg St Jaques, près le Val de Grâce, n° 242 à Paris