Coupes de bois

Corsavy, le 28 avril 1790

Nous, Jean-Antoine Vilanove et Darguines, maire, Jean Deit, Jean Font de Cave, François Darné et Sébastien Tubert, officiers municipaux, nous nous sommes transportés exprès (en exécution du décret de l’assemblée nationale du 18 mars 1790, comprenant les dispositions pour prévenir et arrêter les abus relatifs aux bois et forêts domaniaux, données à Paris le 26 mars 1790, enregistrées à Cour du conseil souverain du Roussillon le 21 avril 1790. Ce décret enjoint de ne couper le bois qu’en bon père de famille) dans les pasquiers du Roi, et particulièrement dans un grand ténement de terrain concédé au sieur Jean Lanquine, receveur des fermes du Roi, domicilié à Arles en Roussillon, duquel grand ténement Jean Lanquine a vendu ou cédé une grande portion au sieur Jean Poch, apothicaire à St Laurent de Cerdans.
En faisant notre visite au grand ténement, nous avons trouvé une grande quantité de bois coupé à ras de terre, dont une partie est en abattis, partie déjà propre appelée aplaçade, pour y faire des fourneaux à charbon, et nous en avons trouvé un qui est an cuisson. Nous y avons trouvé différentes places charbonnières dont on a déjà emporté le charbon ( il y an a encore de fait une partie). Nous y avons trouvé Jean Gurse, maréchal à forge, Côme Romeu, Michel Romeu, Michel Deit, Joseph Balls, Martin Garcias, Gaudérique Mias, Michel Mias, Paul Llanas, Joseph Deit, à tous lesquels nous avons dit de se retirer et de ne point couper plus de bois, ni toucher ce qui est déjà coupé, comme aussi de ne toucher le charbon qui est déjà fait.
Lesquels ci-contre dénommés nous ont dit, que quand ils nous ont vu venir, il y avaient d’autres personnes qui y travaillaient et ont décampé à notre arrivée.
Nous avons été de retour à Corsavi, à la maison du sieur maire, aux environs de six heures du soir, et nous avons dressé ce procès-verbal tout de suite.

Corsavy, le 28 mai 1790

Nous, Jacques Deit, Sauveur Marcé et François Darné, officiers municipaux, nous nous sommes transportés exprès aux Pasquiers Royaux de Corsavi, pour en faire visite, ayant été précédée par deux criées dont l’une le 6 mai et l’autre le 27 mai, criées qui ont été faites par le crieur public, afin d’arrêter les ravages que l’on occasionnait dans les bois du Roi et dans celui de Monsieur Lanquine; en effet, nous avons trouvé que l’on continuait à couper les arbres sur pied précisément dans cette saison où il est défendu d’abattre les arbres taillis, ce qui a été fait par les agents de Monsieur Lanquine, contrevenant ainsi aux ordonnances et décret, puisque non seulement on a déraciné la plupart des arbres, mais encore on a empêché leur croissance, que s’ils revenaient ils seraient tout rabougris, étant coupés dans une saison non convenable.
D’ailleurs, ces agents, ignorant les confronts du terrain inféodé à Monsieur Lanquine, ont abattu d’autres arbres dans le propre bois du Roi, sous prétexte qu’ils travaillent sur le terrain du dit Monsieur Lanquine.
En conséquence de ces motifs, nous avons cru qu’il était de notre devoir d’arrêter tous ces abus; nous avons défendu à toute personne de quelque rang que ce soit d’abattre aucun arbre qui se trouve sur pied, ni d’emporter les arbres abattus qui se trouvent sur les dits terrains, ni même de réduire an charbon les arbres qu’on avait préparé à cet effet, ni même le charbon qui se trouve déjà fabriqué de la transporter hors le dit terrain.

Visites effectuées pendant le mois de novembre 1790 par les indicateurs et commissaires du district de Céret qui sont le Sieur François de la Trinxeria et le Sieur Michel Gineste, nommés pour la vérification des titres des Sieurs Lanquine et Coste Serradell, et ceux de la communauté de Corsavy
Le maire et officiers municipaux eu cours de dites visites ont observé ce qui suit:

Le 3 novembre 1790, Antoine Vila leur fit observer et leur dit qu’il y avait deux places charbonnières, à l’une il y avait un peu de tisons et quelques outils de charbonnier, et à l’autre un fourneau à bois chargé prêt à y mettre le feu. On demanda au dit Vila qui avait préparé tout cela: il répondit qu’il le dirait à l’occasion.

Le 4 novembre on trouve Guillaume Got avec trois mulets chargés de charbon à l’endroit dit Correch de Cardevera; ils suivaient le chemin qui conduit à la forge de Monsieur Costa Serradell, et le même jour, à la soirée, le même Guillaume Got passa tout près de la Torre Danglas avec ses trois mulets, devant les sieurs commissaires; il allait à mitge rivière pour y charger du charbon; le dit Antoine Vila, indicateur du sieur Lanquine, le suivit de près; il alla pour raccommoder un fourneau qui brûlait à l’endroit de mitge rivière.

Le 5 novembre, les deux commissaires se sont transportés près d’une place charbonnière. Le sieur Gineste fit observer à Jean-Antoine Vilanove et Darguines, maire, et à Sauveur Marcé, officier municipal, qu’il y avait un homme qui fuyait parmi les bois pour s’évader; et on ne le reconnut pas. On trouva du bois coupé tout près de l’endroit où on vit l’homme qui s’évadait.

Le 6 novembre les deux commissaires se sont transportés à l’endroit dit la châtaigneraie commune attenante et tout près de la métairie del Commu possédée par les héritiers de Joseph Xaubet. Il y avait aussi le sieur Roca & Marti, indicateur pour la communauté de Corsavi, Antoine Vila, indicateur pour le sieur Costa Serradell, Monsieur l’abbé Costa, docteur es loix, Sauveur Marcé et François Darné, officiers municipaux, Jean Vilanova et Delaris, notable.
A la suite de la visite, les deux commissaires interpellent le sieur abbé Joseph Costa, docteur es loix, et Antoine Vila, pour nous dire qui était celui qui avait travaillé au fourneau que le 3 novembre l’on trouva près de la Coba dels Porchs. Antoine Vila a déclaré que celui qui avait travaillé à monter le dit fourneau est le nommé Joseph Deit, fils de Jacques Deit, maréchal à forge de Corsavi. Et il ajouta que le nommé Jacques Deit, aussi fils de Jacques Deit, maréchal à forge, avait aussi fait et tiré du charbon de l’endroit dit Clot d’en Ramonet, qui appartient au Sieur Louis Costa Serradell, et que le dit Jacques Deit avait emporté le charbon.

Le 31 mars 1791

Jean Anglade avertit les officiers municipaux qu’il y avait au bois de la Coume qui est dans les Pasquiers du Roi, un fourneau à charbon. Les officiers municipaux se sont transportés au Clot d’en Ramonet, ont dispersé le fourneau et ont ramassé deux sacs de charbon qu’ils ont fait transporter à la forge de Mr Costa. Ils ont trouvé à la même place une pioche, une pagnière, un rampi, une petite pierre à aiguiser et une paile de charbonnier. Ils ont vu à un quart de lieue Joseph Bails de Corsavy, puis sont arrivés François Darné de Léca, et Pierre Délos, berger, qui a déclaré venir prendre le charbon à Jacques Deit, fils de Jacques Deit, maréchal-ferrant. Jacques Delclos et Jean Saqué ont d’ailleurs vu ce matin Jacques Deit descendre de la montagne avec un sac de charbon
De plus, le 7 novembre 1790, Jacques Llori nous a déclaré que le nommé Thomas Maler, habitant à Léca, a coupé au bois de las Canals, des buis et des barres, et qu’il les a fait transporter avec des mulets à la conduite d’Abdon, son fils, au minier du Pou à Batère.

le 1 juin 1792

Antoine Vile, Joseph Casademont, Jacques Deit fils, et Jean Janotet , ont été vus en train de couper du bois pour en faire du charbon à la Coba dels Porchs, terrain des Pasquiers du Roi, à Corsavy